dimanche, juin 30, 2013

Réunion ministérielle du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine : Tirer parti des expériences africaines

Ph : Nacera

Sur invitation de l’Algérie, le Conseil de paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine s’est réuni hier à Alger, dans le cadre d’une réunion ministérielle consacrée à la thématique de la « Réconciliation nationale, facteur crucial pour la sécurité, la stabilité et le développement durable en Afrique ».
Cette réunion coïncide avec la célébration du cinquantenaire de la fondation de l’OUA-UA, et s’inscrit dans une perspective d’enrichissement des efforts de l’Union africaine  pour la paix et le développement, par le biais de mécanismes  de prévention, de gestion et de règlement des crises et des conflits,  le traitement des causes profondes et la résorption de leurs séquelles et ce faisant, l’impérieux recours à la dimension de réconciliation nationale entre les belligérants.
Dans cette  optique, il s’avère de la plus haute importance de privilégier les expériences africaines dans ce domaine, d’en tirer pleinement les enseignements majeurs pour parvenir, autant que faire se peut, à l’émergence d’un continent stable et prospère, débarrassé de ses vieux démons. Il est question également, d’asseoir les fondements d’une paix pour consacrer toutes les énergies et les ressources africaines pour l’éradication des maux sociaux telle que la pauvreté.
Ont pris part à la réunion, les  ministres africains des Affaires étrangères, le président de l’UA,  M. Tedros Adhanom Ghebreyesus et le commissaire pour la Paix et sécurité de l’UA, M. Ramtane Lamamra. La rencontre s’est  déroulée,  également, en présence des représentants du département Affaires politiques auprès de l’ONU et du service européen de l’Union  européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, ainsi que  d’un représentant de la Ligue arabe.   
Un  rapport sur  « La réconciliation nationale, facteur essentiel pour  la paix et le développement en Afrique », est présenté à cette occasion, suivi  d’un débat sur la question.  Les travaux se sont poursuivis en séance à huis clos durant l’après-midi d’hier,  et seront  couronnés par l’adoption d’une déclaration finale.    
Un rapport qui a été débattu à huis clos par les ministres africains des Affaires étrangères,  appelle en outre les Etats africains à sérieusement envisager l’intégration de formes traditionnelles de justice et réconciliation dans leurs instruments et mécanismes officiels de justice en tenant compte du contexte national. Ce document évoque notamment, la justice transitionnelle, la réconciliation et le développement, se propose de mettre en place un outil continental de   prévention structurelle des conflits.     
Mettre l’accent sur les défis
Dans son allocution d’ouverture des travaux, M. Mourad Medelci, ministres des Affaires étrangères a souligné que la célébration du cinquantenaire est une occasion de situer les enjeux de la paix et de la sécurité qui sont autant d’axes fondamentaux pour mobiliser toutes les énergies et les ressources au service du progrès économique et social du continent africain.
Il a indiqué  que des progrès certains ont été enregistrés dans la prise en charge par l’Afrique des questions de paix et de sécurité tout en mettant l’accent sur les défis à relever en termes de consolidation de la paix post-conflits, de  prévention et de la récurrence des crises, et la résolution des conflits persistants.
M. Medelci a insisté sur la nécessité de tirer profit des expériences de pays africains qui ont abouti à des solutions durables par l’intermédiaire du processus de réconciliation nationale.
Il a déclaré que le débat en cours, permet de dégager les éléments spécifiques à  chaque situation nationale et des éléments communs qui sont à la base des politiques de réconciliation nationale.
Le ministre des A.E. a présenté l’expérience algérienne rendue possible  grâce à la mise en place de la loi sur la Rahma du 25 février 1995 et à l’adoption par référendum de septembre 1999 de la loi sur la concorde civile qui a constitué une étape décisive du retour à la paix avec la repentance de plusieurs milliers de terroristes, la dissolution de groupes terroristes et à l’implosion et l’affaiblissement des autres.
L’Algérie s’est attelée à rassembler tous ses enfants, à réhabiliter les valeurs algériennes millénaires, de tolérance,  de pardon et de solidarité pour construire l’avenir et se prémunir définitivement du fléau du terrorisme et de toute tentative de dérive extrémiste.
La réconciliation nationale, aspiration profonde du peuple a été érigée en exigence impérieuse dans l’œuvre de renouveau national engagée par le Président Abdelaziz Bouteflika.
Elle a été consacrée en choix souverain par l’écrasante majorité du peuple algérien qui a fait sienne, la charte pour la paix et la réconciliation à travers le référendum du 29 septembre 2005.
    
Pas d’injonctions étrangères
« La réconciliation nationale n’a pas à être dictée à partir de l’étranger, a déclaré le président de l’Union   africaine, M. Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Il a appelé les pays qui connaissent des conflits à tirer des leçons des expériences des autres pays africains réconciliés, qui ont réussi à instaurer  la paix, la sécurité et la stabilité, comme, entre autres, l’Algérie, le Rwanda  et l’Afrique du Sud.  
Le président de l’UA a, par ailleurs, salué la réconciliation nationale  en Algérie, un processus qui a permis, a-t-il souligné, au pays de “mettre fin  au terrorisme”.  
De son côté, M. Ramtane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité a indiqué que ce thème offre l’occasion d’évaluer les instruments de la réconciliation nationale. Il a indiqué que l’UA conçoit la réconciliation nationale comme étant inséparable de la justice et de la lutte contre l’impunité.
Il s’agit de trouver le bon équilibre entre la recherche de la paix, l’impératif de justice transitionnelle.  Selon lui, les pays “véritablement réconciliés” sont “immunisés” contre tout risque de rechute dans la violence, estimant que la réconciliation est un “exercice collectif politiquement difficile” car il est dur de faire accepter à la victime qu’elle doit pardonner et d’amener les auteurs de violences à reconnaître  leurs actes.
Il est attendu que la réunion d’Alger soit sanctionnée par l’adoption d’une déclaration qui sera soumise à la 22e conférence de l’Union africaine qui se tiendra en janvier 2014.
M. Bouraib
 

Mohamed Bazoum, ministre de l’intégration africaine et des Nigériens de l’extérieur
« Le Mali peut tirer profit de notre expérience »

« Notre expérience de réconciliation nationale peut servir au peuple malien. Ce conflit né de la rébellion touarègue, a mis en valeur des revendications identitaires et irrédentistes. Les discussions qui se sont engagées ont permis de déboucher sur l’accord de 1995. Tout se joue au niveau des accords pour consolider les facteurs de paix. Notre  accord de 1995 était réaliste. On n’a pas fait de concessions excessives et on a impliqué notre armée dans les discussions, tout en créant les conditions d’une stabilité dans la région.»
 

Basile Ikoube,  ministre des affaires et de la coopération de la république du Congo
« Les Congolais ont su se ressaisir »

« La réconciliation nationale au Congo a porté sur un engagement volontariste des belligérants. Cette expérience a permis de faire des progrès politiques avec l’instauration d’un gouvernement d’union nationale, la mise en place d’un forum national pour la reconstruction nationale, d’affermir le dialogue national, d’avril 2001, tenu à Brazzaville. Cette culture s’est poursuivie avec l’obtention d’un consensus national renforcé par une loi d’amnistie qui a exclu les crimes de sang, de guerre et contre l’humanité. Il fallait s’assurer aussi que personne n’ait ressenti le sentiment d’avoir tout perdu.»  
M. B.


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