dimanche, juin 30, 2013

La participation des algériens d’origine européenne à la Révolution évoquée au Forum de la Mémoire : « Les frères de combat »

Photos : Louiza M.

Annie Steiner, Felix Colozzi, Yvette Maillot, Henri Teissier, Mahmoud l’argentin (Roberto Muniz), Ali Lalmani (l’allemand) ; ces Algériens de cœur étaient, hier, les invités du Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, pour revenir, l’espace d’une matinée, sur l’engagement de tous ces Algériens d’origine européenne, anticolonialistes et partisans d’une Algérie libre et indépendante. Ils avaient rejoint le front, et avaient défendu la cause algérienne ; certains au prix de leur vie, car ils croyaient fort en sa justesse et parce que, comme l’a souligné Rédha Malek, la révolution algérienne avait démontré sa dimension universaliste.

Dans la déclaration du Premier Novembre, les rédacteurs de ce document historique, adressé au peuple algérien, expliquaient que parmi les objectifs extérieurs de la Révolution, figurait l’internationalisation du problème algérien.
Le but a été atteint, dit le moudjahid et l’ancien chef de gouvernement, M. Rédha Malek, car la particularité de la Révolution a été son ouverture sur l’opinion internationale, en général, et l’opinion française en particulier. C’est ce qui lui a permis d’avoir un grand écho et de susciter la solidarité.  Il fallait, dit-il, mettre fin à la conjuration du silence organisé par le colonialisme. Et le message fort de la révolution algérienne, qui n’était pas une révolte des ventres creux, ou une guerre contre une religion, a été vite saisi par tous ceux qui avaient des convictions anticolonialistes.
À ce titre, il évoque l’affaire Maillot qui avait défrayé la chronique. Il rappelle que le camion d’armes détourné et remis à l’ALN par Maillot a été d’une grand utilité.
C’est pourquoi Rédha Malek dit que la solidarité qu’ont témoignée les Algériens d’origine européenne et tous ces étrangers doit avoir en contrepartie la reconnaissance.
Et la reconnaissance, ce n’est pas seulement des décorations. Pour le moudjahid, il ne faut pas oublier que «nous avons le devoir de rappeler la solidarité et la reconnaissance, et de perpétuer le souvenir de cette grande épopée».
Les Amis de la Révolution  des humanistes pour une cause universaliste   
Pour sa part, Ali Haroun, responsable de la Fédération de France du FLN, a rendu un hommage appuyé aux amis de la Révolution qui n’ont pas lésiné sur les moyens pour apporter aide et assistance aux militants algériens en France, et dans d’autres capitales européennes. Car tous ces hommes et femmes venus de divers horizons, le monde du cinéma, du barreau, intelligentsia, dont des professeurs à la Sorbonne… et notamment le philosophe Francis Jeanson, qui avait commencé à alerter l’opinion française sur ce qui se passait en Algérie dès 1955, avec son livre l’Algérie hors la loi. Ali Haroun dit que le soutien indéfectible apporté par Francis Jeanson et ses amis à la cause algérienne, dès 1957, à travers le réseau des porteurs de valises, reflétait l’adhésion d’hommes libres à une Révolution humaniste.
Il est également revenu sur l’engagement désintéressé d’Européens envers la cause algérienne, en mettant en exergue les sacrifices et le courage dont ils avaient fait preuve, parfois au péril de leur vie, en abritant chez eux des militants activement recherchés par la police. «Ils nous assuraient l’hébergement, le transport  et la collecte d’argent.» À ce sujet, il rappelle le soutien apporté par Henri Curiel, ce juif égyptien,  militant communiste et anticolonialiste. Grâce à lui, dit Ali Haroun, car il était le fils d’un banquier, «nous avons pu transférer l’argent des cotisations vers des banques suisses. Et de là, l’argent était acheminé vers le Caire, Tunis et aux services du MALG». Ali Haroun n’a pas omis de souligner la solidarité des chrétiens envers la révolution algérienne dont la grandeur, la justesse et l’aura n’ont pas laissé les hommes et les femmes épris de liberté indifférents. Et c’est cet engagement sans faille de militants anticolonialistes de différentes nationalités qui rappelle à tous que la Révolution de Novembre a été une grande épopée. «L’histoire doit être dite», dit, en conclusion, Ali Haroun.
Nora Chergui

Annie Steiner, Felix Colozzi, Yvette Maillot, Henri Teissier, Mahmoud l’argentin (Roberto Muniz), Ali Lalmani (l’allemand) ; ces Algériens de cœur étaient, hier, les invités du Forum de la Mémoire d’El Moudjahid

«J’ai intitulé le livre que je tiens entre mes mains, une Époque pas comme les autres, pour dire qu’il existe des moments de l’histoire où un concours de circonstances fait que des peuples changent totalement de comportement, de façon de percevoir les choses. Et véritablement, le 1er Novembre était, dans tous les sens du terme, un miracle parce que les tentatives du peuple algérien pour récupérer son indépendance étaient répétitives à travers les 132 ans d’occupation. Choisir l’époque de 1954 pour déclencher la Révolution était un défi au bon sens, ceci d’autant que le seul parti nationaliste qui prônait l’indépendance au niveau de ses principes était divisé entre messalistes et centralistes. Et c’est l’époque où les gens de l’Organisation spéciale (OS) et  de la branche clandestine du PPA (Parti du peuple algérien) avaient choisi pour déclencher la glorieuse Révolution.
Il faut dire que, à la même époque, les Français venaient de subir la pire de leur défaite à Dien Bien Fû, et l’armée française avait une volonté de fer de prendre sa revanche sur le peuple algérien, ceci d’autant qu’ils estimaient qu’on n’était pas du tout préparé à la guerre. Or, le peuple était totalement préparé, parce qu’à travers l’histoire, nous avons toujours au sein du Maghreb ou de la Numidie, le peuple qui prenait le devant pour toute lutte contre l’envahisseur.
Ceux qui avaient pris l’initiative de la lutte armée, en 1954, avaient passé le clair de leur temps dans la clandestinité au sein du peuple. Ils étaient donc mieux renseignés sur les sentiments populaires. C’est ce qui a fait dire à Larbi Ben M’hidi, sa célèbre phrase : «Jetez la Révolution dans la rue, et le peuple s’en saisira et la portera à bout de bras.»
Par ailleurs, et concernant la participation des Algériens d’origine européenne à la guerre de Libération nationale, il faut dire que dès le départ, il y avait un certain nombre d’Européens qui œuvraient au profit de la Révolution. Mais la véritable adhésion a été au moment où il y a eu la grève des étudiants. À l’époque, j’étais resté le seul élément masculin à diriger le bureau d’Alger. Et ce groupe d’origine européenne qui œuvrait au sein du FLN savait qu’on allait entamer la guerre. Ces Européens m’ont dit : «Nous sommes prêts pour monter au maquis avec vous», alors qu’on n’avait pas encore déclenché la grève.
Il est à relever également qu’on a souvent  parlé des porteurs de valises, mais on n’a pas assez parlé de la frange européenne qui a œuvré ici et qui avait d’autant plus de courage et d’abnégation, d’autant que son entourage français était véritablement hostile à toute idée de promotion du peuple algérien.»

Monseigneur Tessier
ancien archevêque d’Alger :
« Hommage au père Scotto  et au cardinal Duval »

« Merci au quotidien El Moudjahid, à M. Rédha Malek et à Me Ali Haroun. Je voudrais, en cette occasion, évoquer celui qui a orienté beaucoup d’entre nous vers la compréhension du combat à l’Algérie, c’était le père Scotto chez qui j’ai fait mes premières découvertes en 1951-52, et c’est chez lui que j’ai connu Pierre Chaulet, Pierre Colonna et beaucoup d’autres. Ensuite, quand est arrivé monseigneur Duval, en 1954, c’est lui qui a donné la parole de l’église. En fait, s’il y a maintenant un groupe de chrétiens toujours solidaires de l’Algérie, on le doit particulièrement aux amis de Scotto, dont le Pr  Chaulet, et aux amis du cardinal Duval.»

Mme Yvette Maillot, sœur d’Henri Maillot :
Quelques extraits de la lettre de mon frère

Sollicitée pour un témoignage relatif à la contribution des Algériens d’origine européenne lors de la guerre de libération nationale, Mme Yvette Maillot a rappelé quelques extraits de la lettre transmise par son frère à la presse parisienne, à l’époque.
Le document déclare, notamment : «L’écrivain francais Jules Roy, colonel d’aviation, écrivait, il y a quelques mois : «Si j’étais musulman, je serais du côté des fellagas.» Je ne suis pas musulman, mais je suis algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs de tous ses fils.
Au moment où le peuple algérien s’est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place était aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur.»

Mme Annie steiner :
« On n’aurait pas pu faire la Révolution sans le peuple »

«Je tiens de prime abord à dire un grand merci à les organisateurs pour cette rencontre hommage. Ensuite, je voudrais remercier M. Rédha Malek et toute l’assistance ici présente parmi laquelle j’ai retrouvé des anciens du temps de la Révolution. Avec Boualem Oussedik, nous étions pratiquement dans le même réseau. Il y avait d’autres avec moi. Yvette, je l’ai connue après. J’ai retrouvé également Félix Collozy dont le père était pompier. Felix, lui, allumait les  incendies. Tous ces gens étaient à Alger dans mon réseau. Ils sont là aujourd’hui et je les remercie. Il y a un slogan qu’on a lancé souvent, mais c’est un slogan profondément vrai. On n’aurait pas pu faire la Révolution sans le peuple.»

Roberto Muniz, dit Mahmoud l’Argentin :
« C’est tous les jours que le peuple algérien me rend hommage »

«Merci pour cet hommage. Je dois dire que c’est tous les jours que le peuple algérien me rend hommage dans la vie quotidienne, dans la rue. Je vais bientôt avoir 90 ans, et j’ai vécu très heureux en Algérie. Pour cela, je tiens à remercier tout le peuple algérien qui a lutté pendant 132 ans pour son indépendance. En 1962, à l’issue du recouvrement de l’indépendance et comme mon épouse était en Argentine, j’ai pensé à retourner au pays. Mais mes compagnons n’en ont pas voulu. Ils m’ont conseillé de lui écrire et de lui demander de venir en Algérie. C’est ce que j’ai fait, d’ailleurs. Et tout au long de sa vie en Algérie, depuis 1962, elle a vécu toute aussi satisfaite que moi et aussi honorée, également.»


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