mercredi, février 27, 2013

Entretien avec le Pr Mohamed Belhadj : “Il est urgent de songer à créer des services de gériatrie”

D.R

Le Pr Mohamed Belhadj est chef de service de médecine interne/diabétologie de l’EHU d’Oran, président du Comité national du diabète et président de la Société algérienne de médecine interne.

Professeur Belhadj, pouvez-vous nous dire quelles sont les particularités du diabète du sujet âgé ?
L’âge est ce qu’il y a de plus relatif. Il y a des jeunes vieux et des vieux jeunes. Le vieillissement constitue certainement un terrain vasculaire aggravant rapidement toutes les pathologies chroniques qui peuvent s’y greffer. Les sujets âgés présentent souvent des co-morbidités posant le problème d’une prise en charge simultanée avec une poly-médication inévitable. Pour revenir au diabète, sa particularité justement est de survenir sur un tel terrain.

Quelles sont les complications propres au sujet âgé ?
Les complications du diabète chez le sujet âgé obéissent aux mêmes mécanismes physiopathologiques que chez les sujets plus jeunes, mais elles évoluent sur un terrain particulier miné par plusieurs facteurs de risques cardio-vasculaires et des comorbidités.

La durée de la maladie et son mauvais contrôle contribuent largement à l’installation des complications surtout vasculaires.
Quelle est la prévalence du diabète du sujet âgé en Algérie ?

A ce jour, la seule étude épidémiologique valable, sur le plan méthodologique qui s’est intéressée à ce problème, est celle réalisée à Sidi Bel-Abbès par le Dr Chami. Elle trouve une prévalence du diabète de type 2 de 26% chez les sujets âgés de plus de 65 ans.  Elle a fait l’objet d’une thèse de doctorat en sciences médicales présentées en 2012 et a apporté des données très intéressantes sur ce sujet. Un sujet qui est délaissé sous prétexte que la population algérienne est une population jeune. Il ne faut pas perdre de vue que l’espérance de vie en  Algérie est autour de 76 ans actuellement.

En fait, comme le sujet âgé est souvent fragile, cumule plusieurs maladies cardiovasculaires, métaboliques et ostéo-articulaires, sa
prise en charge doit être pluridisciplinaire, ; y a-t-il des services de gériatrie ou  diabéto-gériatrie en Algérie ?

Il n’y a, à ce jour, aucun service de gériatrie en Algérie. Il est urgent de songer à une formation de gériatres et de développer toute une politique de prise en charge des sujets âgés qui ne s’arrête pas seulement à l’aspect  purement thérapeutique. L’aspect psycho-social est primordial.

Comment traiter un diabétique âgé ?
Chaque malade est un cas particulier. Il n’existe plus d’arbre décisionnel standard. Le médecin doit tenir compte de l’environnement du patient, de sa motivation, de son niveau de compréhension, de l’ancienneté de la maladie, des risques d’hypoglycémie, des co-morbidités associées au diabète, de la disponibilité des médicaments, du matériel d’auto-surveillance et d’autres facteurs que je n’ai pas cités. 

Quels sont les objectifs de la prise en charge du diabétique âgé ?
Il faut d’abord assurer une bonne qualité de vie au malade, il ne faut surtout pas empoisonner le restant de sa vie par des restrictions abusives et des interdits. Les chiffres glycémiques, tensionnels, lipidiques sont à négocier au cas par cas.

Y a-t-il des mesures diététiques particulières pour ces patients ?
La première mesure est d’éviter la dénutrition chez les sujets âgés. Le régime diététique doit tenir compte des habitudes et des envies culinaires du malade, de ses possibilités financières bien entendu, de son état dentaire (aspect souvent sous-estimé). D’une façon globale, la répartition des différents nutriments est pratiquement la même que celle du sujet adulte.

Le mois de Ramadan est souvent le mois des complications pour ces patients ; comment arrivez-vous à les convaincre de ne pas jeûner ? Et quel rôle les autorités religieuses (imams) peuvent-elles jouer ?
Le dernier mot revient au patient quoi que vous fassiez. Il peut vous faire croire qu’il ne fait pas le Ramadhan, mais il le fait en réalité, il peut vous avouer qu’il fera Ramadhan quel que soit le prix à payer, il peut suivre votre interdit. La première situation est la plus dangereuse parce qu’il est livré à lui-même, il diminue les doses des médicaments, bricole son traitement et s’expose ainsi à des complications aiguës : hyperglycémies majeures ou hypoglycémies graves. Il est important d’accompagner le malade dans toutes ses décisions.

Quel rôle pour le médecin de famille ou le généraliste dans la prise en charge du diabétique âgé ?
Il faut à tout prix réhabiliter le médecin de famille dans son rôle de médecin de proximité veillant sur la santé de familles entières. Le médecin de famille a une vue d’ensemble sur tous les aspects : biomédical, psychologique,  social, économique, etc.
Dans sa pratique médicale, il a l’opportunité d’assister  à la naissance des plus jeunes et au décès des plus vieux. Il fait presque partie de la famille, ce qui lui facilite souvent l’approche du malade et de sa maladie.

L’amélioration de la qualité de vie de ces diabétiques âgés nécessite un programme d’éducation, d’accompagnement psycho-social ; y a-t-il des programme de ce genre en Algérie ?
L’éducation thérapeutique est considérée comme un acte médical. Elle intéresse toutes les maladies chroniques. Elle ne s’improvise pas car elle nécessite toute une formation. Nous sommes en retard dans ce domaine, mais le ministère de la Santé est en train de mettre les bouchées doubles pour améliorer la situation. Il faut saluer aussi l’apport de certains laboratoires pharmaceutiques pionniers qui contribuent activement à la formation médicale continue et à la formation des paramédicaux dans ce domaine.
Entretien réalisé par W. B.


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