lundi, septembre 10, 2012

Seddouk, une belle ville...dortoir



à chaque retraité qui disparaît, c’est une famille entière qui se retrouve plongée dans un dénuement total. Pour échapper au confinement domestique et essayer d’acquérir une certaine autonomie financière, un grand nombre de jeunes filles acceptent des emplois dans des commerces privés qui les alignent sur le filet social pour la bagatelle de 3.000,00 DA par mois.


C’est une commune fondée par les colons français en 1929.  Le chef-lieu est une coquette ville créée en 1880,  avec l’installation des premiers colons. Le choix de l’endroit fut judicieux à plus d’un titre. Le site est d’une géographie magnifique. Situé sur un plateau, bien aéré et exposé au soleil à quelques 400m d’altitude, il est enserrée entre une pinède aux paysages enchanteurs et la rivière Tassifth regorgeant d’eau même en été. La ville n’a cessé, depuis, de se développer, frôlant même l’anarchie. Si au temps de la colonisation, le bâti était ordonné et réglementé, faisant ressortir une ville coquette aux ruelles larges et à l’architecture raffinée, après l’indépendance, c’est tout à fait le contraire qui s’est produit avec une expansion tous azimuts des constructions. Pas moins de sept cités périphériques non viabilisées ont été créées pêle-mêle, dans un désordre indescriptible. Aujourd’hui, Seddouk est devenue une ville dortoir où les perspectives d’emploi sont quasi inexistantes, si bien que la plupart des habitants en âge de travailler vont monnayer leurs efforts loin de chez eux ou s’investissent dans des emplois précaires. Beaucoup de ses enfants sont allés s’établir dans les grandes villes du pays ou à l’étranger pour des lendemains meilleurs. Pour d’autres, malheureusement, c’est bonjour les dégâts. Allusion faite à tous ces jeunes dans la tourmente, livrés à eux-mêmes et guettés à chaque coin de rue par des fléaux sociaux (alcool, drogue, vol, etc.) qui les happent à la fleur de l’âge faisant d’eux des délinquants vivant en marge de la société.   L’image extérieure de Seddouk n’est pas non plus reluisante, la propreté n’est malheureusement pas l’une de ses caractéristiques. Si un concours était organisé, la ville obtiendrait allègrement le premier prix. Aujourd’hui, ce qui est frappant à Seddouk, c’est l’hydre du chômage qui touche une frange importante de la population en âge de travailler, un taux effarant d’environ 40 %. Les jeunes, notamment ceux issus des quartiers déstructurés socialement, manquent indéniablement de repères et sombrent dans d’innombrables difficultés. Tous ces facteurs ont fait que des pères de familles, rongés par la mal vie sont voués à se débrouiller tous seuls comme ils le peuvent pour nourrir la famille ou pour s’offrir un argent de poche en s’investissant dans des emplois précaires, quand ils en trouvent. D’autres n’arrivent pas du tout à se sortir de l’ornière. Le nombre d’exclus de l’école, dans les deux paliers (moyen et secondaire) est effarant et les centres de formation professionnelle conçus pour faciliter leur insertion professionnelle ne répondent pas toujours à la demande qui va crescendo. Ainsi, les nouveaux injectés dans la vie active avec ou sans qualifications professionnelles viennent grossir le rang des chômeurs déjà très encombré. Les autorités locales, dans les années 90, conscientes de la gravité de cette situation ont fait de leur mieux en créant une zone d’activité perçue à l’époque comme un atout qui pourrait garantir un essor de développement à la commune. Mais hélas, depuis plus de deux décennies, cette zone d’activité a déçu les rêves des Seddoukois, n’ayant pas tenu ses promesses. Mais rien n’est perdu tant qu’elle est là et qu’elle ne change pas de statut, car rien ne dit qu’elle ne sera pas redynamisée dans un avenir plus ou moins proche.
 
Trois usines pour des milliers de chômeurs
 
Nous sommes à l’orée des élections municipales et l’espoir est permis avec l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante avant la fin de cette année. Mais à qui incombe donc la responsabilité de cette bérézina ? Peut-être aux services des domaines d’Akbou qui ont délivré des actes de propriété avec des retards incommensurables allant de 5 à 10 ans, ce qui a découragé les promoteurs dont beaucoup ont préféré se désister pour aller s’installer ailleurs. Même implantée sur un terrain accidenté, La zone d’activité a été aménagée comme il se doit par la défunte agence foncière locale qui l’a dotée de toutes les commodités nécessaires à sa fonction (routes, électricité, gaz de ville, AEP, assainissement). Mais, l’ironie du sort a fait que plus de 20 ans après sa création, elle n’a toujours pas atteint les objectifs. Le chômage sévit toujours, le renflouement des caisses de la commune par le biais des impôts comme d’ailleurs l’émergence de nouveaux produits locaux sur le marché n’ont pas eu lieu. Sur les 23 lots de terrains vendus, 3 usines seulement sont construites et rentrées en production et deux autres sont en cours de réalisation. Néanmoins, il faut dire aussi que Seddouk possède quelques entreprises tous secteurs confondus dont deux a grands gabarits qui emploient plus d’une centaine de salariés. Beaucoup de jeunes trouvent leur salut dans les pensions de retraites de l’émigration que touchent leurs parents, lesquelles s’amenuisent au fil des ans. A chaque retraité qui disparaît, c’est une famille entière qui se retrouve plongée dans un dénuement total. Pour échapper au confinement domestique et essayer d’acquérir une certaine autonomie financière, un grand nombre se jeunes filles acceptent des emplois dans des commerces privés qui les alignent sur le filet social pour la bagatelle de 3.000,00 DA par mois. Les jeunes hommes quant à eux, s’engagent dans des emplois précaires sans couverture sociale (assurances) employés généralement par les entreprises du bâtiment, par des particuliers ou par des agriculteurs, qui les embauchent comme journaliers. Certains s’adonnent même à la collecte, pour ne pas dire au vol des produits agricoles, comme la caroube, l’olive ou la figue qu’ils essaient d’écouler à la sauvette. On les rencontre également, la fatigue se lisant sur leurs fronts, le corps ruisselant de sueur, les mains saturées de cicatrices,  sur les routes, portant des sacs remplis de produit qu’ils écoulent chez des revendeurs pour se faire un argent de poche ou même subvenir aux besoins familiaux. Tout est bon à prendre pour une jeunesse qui ne demande qu’à travailler. A ce titre, certains s’adonnent encore à la récupération de déchets ferreux ou en plastique. Après une journée harassante, ils font l’auto stop pour économiser des kilomètres à parcourir avec de lourds fardeaux sur les épaules. Beaucoup aussi créent des tables de ventes de cigarettes et autres gadgets, qu’ils installent à proximité des places publiques ou des cafés. C’est le reflet d’une dure réalité quotidienne d’une jeunesse qui ne demande qu’à s’affirmer. A ceux qui détiennent les clés de leur ouvrir les portes du bonheur dans leur commune pour qu’ils n’aillent pas le chercher ailleurs.

L.Beddar


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