mardi, juillet 31, 2012

Prise en charge des refugiés syriens en Algérie : Mise en place d’un dispositif spécifique

Ph. : Nesrine

Ces réfugiés sont considérés comme les invités de l’émir Abdelkader qui avait trouvé refuge en Syrie.  Pour le président de la CNPPDH, «l’Algérie a, à travers la présence des ces réfugiés, l’occasion d’honorer et de rembourser une dette morale contractée à l’égard des Syriens».

La situation des milliers de syriens réfugiés en Algérie est désormais  prise en charge par les autorités algériennes. «On ne peut pas les laisser ces femmes et enfants, qui sont dans un état de délabrement moral et précaire terrible, livrés à eux-mêmes», nous a déclaré hier Farouk Ksentini,  président de la Commission nationale de Promotion  et de Protection des Droits de l’homme (CNPPDH). Des propos tenus au lendemain de la réunion interministérielle consacrée à la recherche  des solutions pour une meilleure  prise en charge de la situation humanitaire de ces réfugiés.  
Dans un communiqué du ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales, rendu public hier, il a été souligné que le département d’Ould Kablia et celui de la Solidarité nationale et de la Famille se sont réunis lundi afin d'examiner  et de valider les recommandations du groupe interministériel créé à leur initiative, pour apporter les solutions humanitaires adaptées à la situation des réfugiés syriens se trouvant dans notre pays. Selon le ministère de l’Intérieur, la première phase de ce plan d’action a débuté hier, «par la prise en charge, par chaque wilaya, avec le concours de la Sûreté nationale, du Croissant-Rouge algérien, de la Protection civile, des Scouts musulmans algériens et éventuellement  de la société civile, de toutes les personnes qui sont sans abri, pour leur offrir un hébergement décent et l'alimentation nécessaire". Et au ministère d’ajouter : «Dans une deuxième phase et au terme d'un recensement plus exhaustif qui demandera quelques jours, d'autres mesures déjà envisagées seront mises  en œuvre."
Il est à souligner que Me Farouk Ksentini a indiqué avoir reçu, il y a un mois, un représentant de ces réfugiés lequel est venu lui faire part du drame humanitaire dans lequel se trouvent ses compatriotes, d’autant que ces Syriens, environ 12.000 — le chiffre avancé par le représentant reçu au siège de la CNPPDH est de 25.000 — qui séjournent en Algérie en qualité de touristes risquent l’expulsion à l’expiration de leur séjour légal fixé à 90 jours.  
C’est pourquoi, indique Me Ksentini, parmi les doléances soulevées par leur représentant figure celle de ne pas rapatrier ces réfugiés vers la Syrie, a indiqué le président de la CNPPDH. Une doléance qu’il s’est chargé, nous dit-il,  de souligner  dans  le rapport qu’il a transmis au Président de la République. Toutefois, et au regard de l’évolution de ce dossier, l’hypothèse de l’expulsion n’est pas de mise.
En effet, la démarche qui semble avoir été retenue est celle de considérer ces refugiés comme les invités de l’émir Abdelkader qui, lui, avait trouvé refuge en Syrie.  Pour le président de la CNPPDH,  «l’Algérie a, à travers la présence des ces réfugiés syriens, l’occasion d’honorer et de rembourser une dette morale contractée à l’égard des Syriens». Et même si tel n’était pas le cas, il n’est pas possible, du point de vue algérien, «de demeurer insensible face au drame de ces familles qui se sont réfugiées dans notre pays». Pour le président de la CNPPDH, l’Algérie se doit de les prendre en charge jusqu’à ce que la situation en Syrie aille mieux et que ces familles puissent regagner leur pays en toute sécurité. Interrogé sur l’information faisant état de la mise à disposition de ces familles des écoles où elles seront provisoirement hébergées, le président de la CNPPDH répond que cette éventualité peut être une solution envisageable dans la mesure où la rentrée scolaire ne se fera qu’au mois de septembre. Selon Me Ksentini, «il faut réagir dans cette situation de la même manière lorsqu’on est confronté à une  catastrophe naturelle». De son côté, le Croissant-Rouge algérien (CRA), fidèle à ses principes fondamentaux, a entrepris d’autres actions humanitaires. Il a pris attache avec ces refugiés pour leur proposer de séjourner dans un centre d’accueil à Sidi Fredj. Contacté hier par téléphone, M. Bouchakour, le SG du CRA, nous a affirmé que des bénévoles se sont rendus auprès des Syriens en vue de les informer que des moyens de transport étaient mis à la disposition de ceux qui étaient désireux de se rendre à ce centre d’accueil. Selon M. Bouchakour, le centre qui relève de Net Com est adéquat et offre de bonnes conditions d’hébergement pour 300 familles. Toutefois, tient à préciser le SG du CRA, les Syriens qui désirent demeurer dans les hôtels sont libres de le faire. «Ce qui compte pour nous, c’est de préserver leur dignité», indique M. Bouchakour.  
Et d’ajouter que «cette action humanitaire lancée par son organisme s’étendra aux autres wilayas (Oran,  Constantine, Tlemcen…) où d’autres réfugiés syriens ont été localisés». Pour le SG du CRA, il n’est plus possible de laisser les familles qui n’ont plus les ressources nécessaires pour s’assurer un hébergement dans un  hôtel, dormir à la belle étoile. En effet, depuis leur arrivée en Algérie, de nombreuses familles n’ayant plus d’argent ont squatté des places publiques. Elles se sont majoritairement regroupées au niveau du square Port-Saïd.  C’est le cas de cette mère d’une  famille de 6 personnes et dont la détresse saute aux yeux. Cette femme âgée de 31 ans assure que ce n’est pas de gaité de cœur qu’elle, son mari et ses quatre enfants âgés de 15, 12, 8 et 2 ans dorment à même le sol  au Square. «Au début, nous passions la journée ici avec les autres, et à la nuit tombée, nous allions à l’aéroport pour dormir». Mais ces derniers temps, la famille, dont le chef était un commerçant à Alep, reste sur place. A notre question de savoir comment elle vit cette situation,  elle répond d’une voix triste qu’avoir quitté son pays  «est une déchirure et qu’elle ne vit qu’avec l’espoir d’y retourner le plus vite possible». Une fois que la situation se sera normalisée, précise-t-elle.
Nadia Kerraz

MAE :
“La question des ressortissants syriens séjournant en Algérie est prise en charge”

La question des ressortissants syriens qui séjournent actuellement en Algérie est prise en charge par les autorités algériennes et a fait l'objet de plusieurs réunions interministérielles de coordination, a indiqué mardi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, M. Amar Belani, dans une déclaration. "S'agissant des ressortissants syriens qui séjournent actuellement dans notre pays, je confirme que ce sujet est bien pris en charge par les autorités algériennes et qu'il a fait l'objet de plusieurs réunions interministérielles de coordination", a précisé M. Belani.
"Partant de notre devoir de solidarité à l'égard de ces ressortissants syriens, un dispositif spécifique et des mesures pratiques de soutien et d'assistance seront mis en œuvre incessamment à travers l'implication d'un certain nombre d'intervenants publics ou auxiliaires, dont notamment les services du ministère de la Solidarité nationale et de la Famille et le Croissant-Rouge algérien, dont les comités de wilaya sont déjà à pied d’œuvre", a-t-il expliqué.

La fondation Emir Abdelkader recommande aux Algériens d'être solidaires envers les réfugiés syriens

La fondation Emir Abdelkader, du nom du fondateur de l'Etat algérien moderne, a recommandé hier dans un communiqué aux populations algériennes de montrer "la plus grande solidarité" envers les "frères syriens" en leur accordant l'accueil et le soutien qu'ils méritent en "cette période délicate". "La fondation recommande aux populations algériennes de montrer la plus grande solidarité envers nos frères syriens, de leur accorder l'accueil et le soutien qu'ils méritent en cette période délicate, et à leur manifester une grande fraternité et beaucoup de réconfort afin d'affermir cet élan unanime de solidarité", a indiqué la fondation. "Devant l'afflux de ce qu'il convient de nommer pudiquement les réfugiés syriens, et compte tenu de l'état de grande détresse dans lequel ils se trouvent, la fondation ne peut qu'exprimer sa grande et durable solidarité avec ces personnes, déplacées malgré elles, et confrontées à une situation qui rend vulnérables femmes, hommes et enfants, de plus en plus nombreux à solliciter notre aide", a ajouté la même source. La fondation Emir Abdelkader a rappelé que la Syrie a toujours été une terre d'accueil des Algériens de toutes conditions, notamment celles et ceux qui ont accompagné l'émir Abdelkader en Bilad Echam, et qui y ont trouvé refuge et protection. La fondation évoque le cas du khalifa de l'émir de Sébaou, Hadj Ahmed Bensalem, qui a précédé l'émir à Damas, au début de l'année 1847, de l'émir lui-même et de ses accompagnateurs qui ont rejoint Damas en 1855 après un séjour de deux ans à Bursa (Brousse) en Turquie. "L'émir a été accueilli, protégé et traité en chef d'Etat jusqu'à son décès en 1883, et inhumé, selon ses dernières volontés, à la grande mosquée des Omeyyades, auprès de son maître spirituel le cheikh Mahieddine Ibn Arabi", a poursuivi la même source. Au début du 20e siècle, a rappelé la même source, ce fut au tour du grand penseur algérien, cheikh Benyelles, de s'établir en Syrie où il a fondé, entre autres, une zaouïa de grande renommée, après avoir été grand muphti du Liban.

Des réfugiés syriens récusent la thèse d’un peuple mendiant : “Si vous les surprenez en train de mendier, emprisonnez-les !”

Regroupées sous l’ombre des arbres et allongés à même le sol, une cinquantaine de familles syriennes ont trouvé refuge depuis une dizaine de jours au square Port- Saïd (Alger) et attire chaque jour la curiosité des Algérois durant ces longues journées du mois béni de Ramadhan.
Hommes, femmes et enfants ont fui, en effet, les affres de la guerre qui ensanglante la Syrie depuis 16 mois déjà, et rejoint notre pays, en quête de paix et de quiétude.  Issus des quatre coins de l’antique Cham, ils sont originaires de Homs, Hama, Idlib, Alep et même de Damas, la capitale. «Nous avons trop souffert», résume une jeune femme qui raconte avoir emprunté de l’argent pour s’offrir un billet d’avion et regagner Alger, au bout de longues et dures péripéties. Selon les estimations de la police des frontières, 11.400 ressortissants syriens sont entrés en Algérie cette année, dont une grande partie s’est installée à Alger. «Une famille composée de cinq membres s’est installée dans notre immeuble en louant un appartement au centre d’Alger», témoigne Hamida qui soutient que ses nouveaux voisins lui avaient assurés qu’ils sont d’origine algérienne.
«Il sont bien lotis par rapport à d’autres Syriens qu’on croise dehors. Je pense que le papa travaille comme cuisinier. Ils sont toujours bien habillés et présentables, et surtout ils ne causent pas de problèmes, du moins dans notre voisinage», ajoute-t-elle. Mais pourquoi donc les réfugiés syriens ont choisi l’Algérie. Mohamed qui se dit porte- parole de ces familles qui passent ces chaudes nuits sous la belle étoile du square Port-Saïd nous affirme que le fait qu’on n’impose pas le visa d’entrée dans notre territoire a encouragé ses frères et sœurs à rallier l’Algérie. Mais pas seulement, si l’on se fie à leurs confessions. «Franchement, nous avons trouvé un peuple généreux et compréhensif. Les Algériens nous ont énormément aidés et assistés dans notre affliction, que ce se soit en matière de nourriture ou des vêtements», reconnaît l’un des leurs, entourés de nombreux Algériens qui passent souvent par le square Port-Saïd pour les réconforter. «Ce sont nos sœurs et nos frères quand même ! Et avec le mois de Ramadhan, il serait injuste de les laisser tomber. On fait de notre mieux pour les aider à tenir le coup», indique un riverain. Depuis quelques semaines, ils ne passent pas inaperçus, notamment aux abords des mosquées, pour pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur progéniture.
S. A. M.
 


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