vendredi, mars 30, 2012

ILS SONT DES MILLIERS À ÊTRE EXCLUS DE L'HÉRITAGE : Les enfants des martyrs crient à l'injustice

Près de 50 ans après l'Indépendance, les fils de martyrs ne comprennent pas la raison de l'injustice qui s'abat sur eux. Exclus de l'héritage, ils se sentent trahis. «Nos pères se sont sacrifiés pour ce pays. Aujourd'hui, on est livrés à nous-mêmes et nous n'avons même pas le droit à l'héritage car, par malchance, nos pères sont morts avant leurs pères», déplore Omar Mokhtari, fils de chahid de Draâ-El-Mizan (Tizi Ouzou). Cette injustice concerne une catégorie précise des fils de chahids: ceux dont le père est décédé avant le grand-père sans léguer par testament au petit-fils la part d'héritage qui aurait dû revenir au père, mort durant la guerre. Faisant comme si le chahid n'existait pas, ses petits-fils sont tout simplement privés de l'héritage par leurs oncles. Combien sont-elles ces victimes de l'injustice? «Elles seraient des milliers à subir cette exclusion. Mais le plus grave dans tout ça, c'est quand l'oncle était un harki. C'est de la trahison», insiste M.Mokhtari. Ainsi, après l'indépendance du pays en 1962, l'Algérie comptait des milliers de martyrs. Les descendants de ces hommes, décédés avant leurs pères, sont ainsi subitement exclus de l'héritage comme si les martyrs n'avaient pas existé dans le cas, en fait la règle, où ils n'ont pas légué par testament la part de l'héritage qui leur revient. Cette injustice a été partiellement réparée par l'article 169 de la loi 84-11 portant Code de la famille de 1984 qui a introduit le principe de l'héritage par substitution, c'est-à-dire la possibilité pour les enfants du fils décédé avant son père d'avoir droit à la succession de leur grand-père. Mais cette loi n'est pas applicable dans bien des cas qui ne peuvent pas bénéficier de ces dispositions car elle n'est pas rétroactive. «On demande l'application de cette loi avec effet rétroactif, et ce dès 1954», plaide notre interlocuteur, demandant l'ajout d'un article à la loi sur les moudjahidine pour lever l'équivoque et reconnaître le droit des fils des martyrs à l'héritage. Dans une correspondance envoyée au ministre des Moudjahidine le 27 avril 2010, le député RCD, M.Boudarène, a demandé l'application rétroactive de l'article 169 du Code de la famille en faveur des enfants de chouhada. La question n'avait pas suscité l'intérêt du ministre. La Constitution garantit, quant à elle, le droit à l'héritage pour tous les citoyens. Qualifiant les oncles qui excluent de l'héritage leurs neveux de «nouveaux colons», M.Mokhtari estime que cette injustice est une atteinte à la mémoire des martyrs qui se sont sacrifiés corps et âme pour l'indépendance du pays. Il a précisé qu'il a frappé à toutes les portes pour plaider cette cause, en vain. En avril 2008, il a interpellé le chef de l'Etat dans une lettre ouverte lui demandant de rétablir les fils de martyrs dans leurs droits. «Est-ce logique que les martyrs sacrifient leur vie pour l'indépendance du pays et de son peuple pour que leurs fils deviennent, après l'indépendance, victimes du colonialisme des oncles, surtout quand il existe parmi eux ceux qui ont lutté avec la France pour que l'Algérie demeure à jamais française?», écrit Omar Mokhtari dans sa lettre. Dans sa quête de réparation, notre interlocuteur souligne avoir interpellé le ministère des Moudjahidine, l'ONM, le FLN, le président de l'APN, des députés, etc. «J'ai été reçu par Saïd Bouhadja (député et ex-chargé à la communication du FLN, Ndlr). Il a promis d'introduire une proposition parlementaire pour réparer cette injustice mais malheureusement, ce n'était que de la poudre aux yeux. Il n'a rien fait depuis», raconte notre interlocuteur. Les victimes de cette injustice seront-ils rétablis un jour dans leur droit?

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