lundi, janvier 30, 2012

ILS SE MONNAIENT À COUPS DE MILLIARDS À L'APPROCHE DES LÉGISLATIVES : Des sièges de députés aux enchères

Avoir une place dans l'hémicycle de l'APN n'est pas donné à tout le monde
Avoir une place dans l'hémicycle de l'APN n'est pas donné à tout le monde
Le pouvoir de l'argent menace les rouages de l'Etat et ses institutions. Il les gangrène de l'intérieur et de l'extérieur. Les lobbies financiers au bras long en sont responsables. Ces sentences ont été même établies aussi bien par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, que par la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune. Ainsi, Ahmed Ouyahia admet, en janvier 2011, que l'Etat est impuissant face aux barons de tout bord. En octobre 2007, M.Ouyahia parlait déjà de la «démission de l'Etat devant les mafias et les lobbies» et accusait le gouvernement Belkhadem d'avoir «cédé devant les groupes de pression et offert le pays aux lobbies et aux mafias». Selon le Premier ministre, ce sont les mêmes lobbies de trabendistes, des seigneurs du marché informel, et la mafia des importateurs qui ont déjoué l'obligation du recours au chèque pour toute transaction au montant supérieur à 500.000 dinars, par la voie de réseaux infiltrés dans l'administration. A cela s'ajoute également le forcing exercé, des semaines durant au seins de l'Assemblée nationale, par certains députés exerçant dans l'importation de la friperie, pour rejeter le projet de loi interdisant l'introduction de ces produits. L'ivresse de la notoriété et des fortunes mal acquises empêche de penser au pays et au citoyen qui a voté pour lui. Quel député gavé et engraissé à coups de millions,(300.000 DA/mois sans compter les avantages périphériques faramineux), peut se rappeler des citoyens? Et cela donne donc nécessairement raison au philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui écrit: «On peut dire qu'un gouvernement est parvenu à son dernier degré de corruption quant il n'a plus d'autre nerf que l'argent».
D'autres analystes soutiennent, quand à eux, que les représentants et les défenseurs des lobbies et de la mafia financière se sont introduits même dans les Assemblées élues. Aux APC, aux APW et aux deux chambres du Parlement, les sièges se négocient à coups de milliards et impliquent largement les «seigneurs» de l'argent. Même le citoyen lambda en est conscient. Donnant tout son poids à l'adage selon lequel l'argent est le «nerf de la guerre». Et pour paraphraser Guy de Maupassant: «Ah! Vous ne comprenez pas, vous autres, comme c'est amusant, les affaires. Le grand combat, aujourd'hui, c'est avec l'argent qu'on le livre.» Néanmoins, les questions qui se posent sont les suivantes: où trouvent-ils cet argent? Pourquoi dépensent-ils des sommes aussi colossales rien que pour accéder à APN? Qu'attendent en retour les précieux donateurs et sponsors? «Les rendez-vous électoraux impliquent des réseaux de tout acabit, où chacun essaie de placer son candidat», témoigne un opérateur économique, R. Salim, estimant que de telles pratiques se font y compris dans les pays occidentaux. «Payer sa campagne électorale avec des frais réservés à la soldatesque mobilisée à l'occasion, exige de l'argent. Cet argent vient des sponsorings officieux», souligne notre interlocuteur, ajoutant que cela se négocie au préalable entre les prétendants à la candidature et les bailleurs de fonds, constitués essentiellement de grands entrepreneurs, importateurs et opérateurs économiques ayant pignon sur rue dans le marché national.
Les dés sont entre les mains des lobbies
Ce contrat suggère par conséquent du candidat de servir son «maître» qui est son bailleur de fonds, mais pas le citoyen. C'est dire que les hommes politiques, aux poches pleines et aux mains «charitables», en Algérie, et ailleurs aussi, ne sont pas arrivés là où ils sont aujourd'hui, que grâce à leurs idées et à l'appui de leurs formations politiques. Cela eût été bien qu'il en soit ainsi, en fait. Peut-on se présenter aux élections législatives, prévues en mois de mai prochain? Non, car même si le candidat passe le barrage du plancher du nombre de signatures d'édiles, mias disposant pas de moyens financiers, ne parviendra pas à faire connaître ses idées et ses positions politiques auprès des électeurs. Les dés sont donc entre les mains des lobbies.
Ces témoignages reviennent en effet dans la bouche de bon nombre de personnes ayant des velléités de candidature aux élections. Néanmoins, faute d'argent personnel et d'une couverture financière conséquente, l'espoir de se voir figurer dans une liste électorale est très mince, pour ne pas dire illusoire. A ce sujet, nous avons appris que nombre de prétendants-candidats pour les prochaines législatives sont prêts à dépenser des centaines de millions de centimes pour devenir député ou sénateur! Qu'ils soient militants d'un parti politique ou candidats sur une liste indépendante, les deux catégories croient en effet, dur comme fer, au pouvoir de l'argent pour s'offrir un siège à l'Assemblée nationale (APN), voire au Sénat. «Même au sein des partis politiques, les listes ne sont pas établies selon la compétence d'un militant, mais surtout selon son influence financière et son introduction dans le monde de l'argent», indique un militant politique, précisant que cela explique d'ailleurs les immixtions qui se font à la veille de la publication des listes électorales. Pire, les «seigneurs» de l'argent exercent une influence sur les partis politiques, car ils participent au financement de la campagne électorale, d'où ils décident quant à l'établissement des listes de candidats et ce, selon leurs intérêts. Ce qui nous conduit à admettre, dans le fond et dans la forme, le constat d'Alexandre Dumas qui soutient: «L'argent est l'argent, quelles que soient les mains où il se trouve. C'est la seule puissance qu'on ne discute jamais.»

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