lundi, octobre 31, 2011

L’historien Hassan Remaoun : " l’Algérie doit utiliser au mieux ses archives" (TROIS QUESTIONS)

ORAN - Hassan Remaoun est un universitaire et directeur de la division de recherche sur la socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) à Oran.

Répondant aux questions de l’APS, portant sur la décolonisation de l’écriture de l’histoire ainsi que sur le problème du manque d’archives, il affirme notamment que l’Algérie doit utiliser au mieux ses archives. L’historien explique aussi que la résurgence de "l’activisme" des nostalgiques du passé colonial dans la région du Midi de la France obéit à des "fin électorales" dans ce pays.

Question : Décoloniser l’écriture de l’histoire algérienne a été une revendication prônée dès les premières années de l’indépendance. Où en sommes-nous un demi-siècle plus tard ?

Réponse : La revendication de la décolonisation de l’histoire est bien plus ancienne. Elle remonte à l’émergence du mouvement national, au cours des années 1920. A cette période c’est l’histoire coloniale qui était dominante, soit l’école d’Alger. Elle a cherché essentiellement à justifier et légitimer l’occupation.

Le mouvement national a tenté de proposer, dès son apparition, un contre-discours. Après l’indépendance, à partir des années 1970, l’Etat a lancé un mot d’ordre pour l’écriture et de la réécriture de l’histoire. L’écriture de la guerre de libération et la réécriture de toute la période qui l’a précédée, déformée par des historiens français. Il faut aussi reconnaître que des écrits établis par les Algériens eux-mêmes après l’indépendance n’ont pas été objectifs.

Des noms ont été mis en valeur et d’autres ont été occultés pour des raisons trop souvent subjectifs, politiques et idéologiques. Depuis une décennie, nous franchissons une nouvelle phase, celle d’une écriture académique, qui correspond mieux aux normes méthodologiques. Avec les nouvelles générations, qui ont leurs propres questionnements sur la mémoire, une nouvelle catégorie d’historiens commence à se constituer. Le chemin reste long et beaucoup de choses reste à faire.

Question : Bien avant l’indépendance, la France a transféré massivement des archives de l’époque coloniale en Algérie. Malgré les demandes formulées, l’Algérie n’a pu récupérer qu’une partie infime. Pensez-vous qu’il est possible d’écrire une histoire en l’absence des archives ?

Réponse : L’écriture de l’histoire s’appuie certes sur les archives, mais pas exclusivement. Les témoignages et les mémoires sont aussi de bonnes sources. Il est à noter à ce propos que plus de 200 ouvrages ont été édités au cours des dix dernières années par des acteurs et témoins de cette période.

Bien évidemment, on ne va pas prendre pour vérité immuable tout ce qui se dit, car l’historien a des méthodes, critiques en général, qui comparent et recoupent les faits et dires, pour reconstituer une version la plus proche de la réalité. Cela dit, l’Algérie dispose déjà d’une partie de ces archives. Il faut l’utiliser au mieux.

Question : Comment peut-on expliquer "l’activisme" des nostalgiques du passé colonial, depuis plus d’une décennie dans la région du Midi de la France ?

Réponse : Ce mouvement tente de faire la jonction avec les nouvelles générations françaises souffrant, au même titre que leurs pairs issus de l’immigration, de problèmes d’identité et d’intégration. Une partie de ces jeunes se questionne et remet en cause "l’esprit" de la colonisation.

Une autre partie se laisse prendre par ce travail de propagande mené par des mouvements associatifs et d’anciens militants et sympathisants de la sinistre OAS (Organisation armée secrète). L’objectif de ces actions soutenues par certains partis politiques est de courtiser les anciens de l’OAS à des fins électorales.

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