lundi, octobre 31, 2011

1er Novembre 1954 : l’ennemi privé de renseignements sur une guerre prévisible (TEMOIGNAGE)

ALGER - En dépit des rumeurs qui circulaient parmi les militants nationalistes, à la veille du 1er Novembre 1954, sur l’imminence d’un mouvement insurrectionnel massif, les autorités colonialistes ne détenaient aucun renseignement sur l’identité des hommes qui allaient sous peu leur déclarer la guerre, estime le Commandant Yaha Abdelhafidh, un fils de la Toussaint dans la wilaya III historique.

De l’autre côté, et même s’il était "difficilement perceptible", en cette automne de l’an 1954, "un parfum pré-révolutionnaire se faisait sentir auprès de quelques initiés des arcanes de l’ancien parti nationaliste, le Parti du peuple algérien (PPA)", a tenu à expliquer ce premier "novembriste" en Kabylie.

Ce Cdt de l’Armée de libération nationale (ALN), ancien chef de la zone IV dans la wilaya III (Kabylie), pendant la guerre de libération nationale, plus connu sous le nom de Si L’hafidh souligne, dans un témoignage à l’APS, que "le sursaut révolutionnaire, tant attendu par les militants, était à la fois prévisible et salvateur pour un mouvement nationaliste qui était miné de l’intérieur et qui tirait plutôt vers la décrépitude".

"Tous les militants décidés étaient dans l’attente de ce déclic révolutionnaire qui allait enfin donner ses héros et briser les chaînes de plus d’un siècle de colonialisme en Algérie", souligne le Cdt Si L’hafidh. Malgré la maladie et un âge avancé, 78 ans, Si L’hafidh garde jalousement encore dans sa mémoire, la coup de feu fondateur du sursaut révolutionnaire algérien dans sa région natale, à Ain El Hammam (ex-Michelet), un chapelet de villages semés dans le massif majestueux du Djurdjura.

Revenu de France, en cet automne 1954, Si L’hafidh s’était attelé, dès son arrivée à Ain El Hammam, à tisser un réseau de connaissances au niveau des archs (tribus), des Illoulène et Ath Itsoura."Je pris rapidement mes responsabilités devant la nouvelle situation.

En l’espace de quelques semaines, un embryon d’organisation locale prit forme dans notre tribu", a-t-il affirmé. Le bonheur de ce militant décidé du PPA, dans l’immigration, fut à son comble quand il reprit contact avec Amar Ath Cheikh ou Cheikh Amar comme il plaisait à ses compatriotes de l’appeler, "un homme orchestre du 1er Novembre dans la région de Ain El Hammam et qui fut le chef de l’illustre colonel Amirouche", a tenu à souligner ce baroudeur redouté par les chasseurs Alpins qui avaient ensanglanté la Kabylie tout au long des 7 années de guerre pour l’indépendance.

"Cheikh Amar, lui, était l’homme clé de l’organisation naissante dans notre région et qui était parmi les insurgés qui avaient pris le maquis en 1947, avec Krim Belkacem et Amar Ouamrane, deux autres fils de la Toussaint", a-t-il tenu à raconter, ajoutant à propos de ce chahid qu"’il était respecté pour sa droiture et son parcours militant, ainsi que son autorité morale qui s’était imposée presque naturellement à tous les militants du Front de libération nationale (FLN) et l’ALN".

L’embrasement

Si L’hafidh eut la chance d’être parmi le premier groupe qui alluma la première mèche pour sonner le glas du colonialisme dans la wilaya III. il a tenu à confier que les attentats spectaculaires n’eurent lieu dans la haute Kabylie que quelques jours après le déclenchement de la guerre de libération nationale.

"Nous étions prêts à passer à l’action dans notre région", a-t-il insisté, expliquant "le retard pris pour le début de la révolution à Ain El Hammam, à l’incapacité de leur agent de liaison, Mohand Ouyidir Nait Said, dépêché à Tizi Ouzou à entrer en contact avec l’envoyé de Krim Belkacem".

Une bonne partie des djounoud que comptait la Kabylie, en cette veille du 1er Novembre, avaient été dépêchée vers l’Algérois pour mener les premières actions militaires à Boufarik et Blida, sous le commandement du colonel Amar Ouamrane, a rappelé Si L’hafidh.

Ce valeureux commandant de l’ALN s’est contenté de dire, sur cette épisode douloureuse et heureuse pour le peuple algérien, que "le déclenchement de l’insurrection armée eut finalement lieu, avec ses réussites et ses nombreux ratés. Lancée par une poignée d’hommes, la révolution armée fut reprise au fil des années par des milliers de jeunes militantes et militants".

"Après les premiers coups de feu, il fallait continuer le combat jusqu’à l’indépendance. Les lendemains de l’insurrection étaient essentiellement consacrés à la mise en place de structures d’encadrement politico-militaire de la population et d’intendance à tous les échelons de la région afin d’asseoir la révolution sur des bases solides".

Si L’hafidh reconnaît aussi, à cette occasion, que ceux qui croyaient à cette jeune révolution armée étaient "rares", rappelant qu’en dépit de la cuisante défaite de l’armée coloniale en Indochine, "ceux qui croyaient, au départ, que nous allions vaincre la quatrième puissance mondiale, soutenue par l’OTAN, n’étaient pas nombreux".

Le Cdt Yaha Abdelhafidh qui vient de terminer ses mémoires, qui seront publiés au cours de ce mois de novembre, demeure persuadé que le salut de l’Algérie réside aussi dans la préservation de la mémoire collective d’un peuple qui s’est affranchi de 130 ans d’asservissement au prix d’énormes sacrifices.

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