vendredi, septembre 30, 2011

Colloque sur les révolutions arabes : Le souffle de la démocratie en exergue

D.R

Si les adeptes d'« un islamisme politique moderne et modéré» aspirent à un meilleur changement, ils doivent inéluctablement «accepter le concept même de démocratie», estiment les experts.

Peut-on parler de démocratie au niveau du monde arabe, une région en ébullition, sans séparation entre le politique et le religieux ? C'est, entre autres, l'une des problématiques qui se sont taillé la part belle lors de l'intervention, jeudi, d'Allani Alaya, éminent professeur en histoire contemporaine à l'université de Manouba en Tunisie, dans le cadre du colloque sur les révolutions arabes qui prend fin demain.
 Tout au long de sa communication, le chercheur en islamisme au Maghreb et en relations internationales s'est dit favorable à « un islamisme politique moderne et modéré » qui, selon lui, pendant l'ère Benali, « n'était qu'un otage de clichés et de formules à l'emporte- pièce, et qui est demeuré prisonnier du discours sécuritaire ».
Si, précise l'orateur, les adeptes de ce courant aspirent à un meilleur changement, ils doivent inéluctablement «?accepter le concept même de démocratie ».
A ce niveau, il cite l'exemple turc qui, selon lui, est le seul qui allie « islamisme et laïcité ». Pourquoi cette convergence fuit comme du sable fin entre les mains dans les pays arabes ? Pour le conférencier, que ce soit en Tunisie, en Algérie ou au Maroc, la laïcité, sujet de moult controverses, est « souvent assimilée à l'athéisme ». Le chercheur a affirmé que la position des islamistes s'est rapprochée, ces dernières années, du concept démocratique, d'autant plus, a-t-il ajouté, que les « révoltes?» enregistrées dans certains pays arabes revendiquent la démocratie comme « mode politique ».  En Tunisie, l'universitaire estime que le président du parti islamiste Ennahda, Rached Ghanouchi, qui croit en « une démocratie islamiste », est l'un des réformateurs du mouvement. Cependant, le conférencier lui reproche « son double discours?», utilisé à des fins politiques.
Quant au regard des Occidentaux, le chercheur a fait observer qu'ils encourageaient la participation à la vie politique des « islamistes modérés » dans le but de contrecarrer les plus « radicaux?». Plus loin encore, le chercheur tunisien estime que le débat sur cette question est appelé à connaître une évolution : négative ou positive. « Cela va influer sur la démocratie et peut provoquer une tempête au niveau de la région », dit-il en guise d'arguments.
 De son côté, Mohsen Bouazizi, professeur de sociologie à l'université de Tunis, a mis en exergue le rôle des femmes et des jeunes, « ces acteurs silencieux, mais au silence assourdissant?» dans les révolutions qu'ont connues plusieurs pays arabes.
Selon l'orateur, si aujourd'hui le champ politique n'est pas constitué, c'est parce que ces deux catégories ne sont pas encore « intégrées » dans les listes du Conseil constitutionnel.
Chiffres à l'appui, M. Bouazizi affirme que les « femmes ne représentent que 5 % des têtes de liste ». Enchaînant, il souligne que la Tunisie a besoin de « structures post-partis politiques ».  Dans le contexte actuel des choses et à contrario de ce que pensent certains observateurs, ces formations, ajoute l'universitaire, « n'auront pas l'avenir entre les mains ». S'exprimant sur la Syrie, un autre pas dont l'avenir est incertain, Radwan Ziadeh, directeur exécutif du Centre syrien des études stratégiques et internationales de Washington, a ouvertement dénoncé le régime de Bachar El-Assad qui a durci la répression. Plus précis, il explique qu'« il y a un rôle arabe à jouer ». Cependant, il regrette l'intervention tardive et peu efficace de la Ligue arabe qui, pendant sept mois, poursuit M. Ziadeh, « n'a rien fait pour geler certaines opérations ». Une chose est sûre : la Syrie ressemble à un volcan dont l'éruption risque de se produire à tout moment. L'échec de la révolution syrienne, prévient le conférencier, « transformera le printemps arabe en un automne ».  
Fouad Irnatene


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