lundi, octobre 26, 2009

Banques: La finance islamique hisse les voiles

029042009111525000000financeLa finance islamique se frotte les mains : le marché algérien est prometteur. «L’objectif de la Finance islamique n’est pas de révolutionner le monde de la finance. Il ne s’agit pas de trouver une solution alternative à la banque traditionnelle. C’est l’innovation par la création de nouveaux produits qui sont structurés en conformité à la Charia qui prime, en vue de satisfaire les besoins des clients qui cherchent cet aspect de conformité à la Charia», explique un analyste et spécialiste de la finance islamique qui a requis l’anonymat.


L’Algérie compte deux banques islamiques : Al Baraka Bank (filiale du groupe éponyme, Arabie saoudite) a fait son apparition en 1991 et Al Salam Bank Algérie (Emirats arabes unis) qui a lancé ses activités début 2009. «Pour adopter un produit financier islamique, il faut un conseil (composé d’au moins trois docteurs en Charia) qui se prononce sur la conformité par rapport aux règles de la Charia. Après étude, ils émettent une «fatwa» et ce n’est qu’alors que le produit peut être commercialisé.


Le risque de lancer des produits financiers non conformes à la Charia (alors qu’ils prétendraient l’être) est réel. Il risquerait de nuire à la crédibilité du modèle», observe notre analyste. Les principes de la finance islamique sont au nombre de cinq : interdiction de l’intérêt, pas d’incertitude, pas de financement de certains secteurs jugés illicites (armement, porc, alcool), principe de partage de profits et des pertes entre les participants à une transaction financière et, enfin, le principe qui stipule que toute transaction doit être sous-tendue par un actif tangible.


La finance islamique ne désemplit pas de produits financiers : le Sukuk, par exemple, est un instrument financier jugé conforme à la Charia. Il se rapproche d’une obligation dans la finance conventionnelle, permettant de lever des fonds.


Les murabaha (achat-vente), les Ijara (équivalent du leasing) et les musharaka (équivalent du capital risque) sont aussi disponibles sur la place financière algérienne. L’un des principaux produits qui différencie les banques islamiques de leurs consoeurs conventionnelles est le compte de partage de produits et des pertes qui fait en sorte que la rémunération servie aux déposants dépend de la rentabilité de la banque islamique et n’est pas prédéterminée comme dans un compte à terme classique.


Cependant, un banquier estime que les limites de ce modèle sont nombreuses : «Pour commencer, je citerais la fragmentation et l’absence de standardisation. Il y a des interprétations différentes de la Charia qui conduisent à l’absence d’un marché intégré global.


A titre d’exemple, l’AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions) a déclaré en 2008 que 85 % des sukuk émis étaient non conformes à la Charia. Fort heureusement, les instances concernées ont décidé de mettre davantage de coordination dans leur travail avec d’autres régions du monde musulman. Ceci est de nature à donner davantage de crédibilité au secteur». Et notre interlocuteur de citer une seconde limite relative à «la faible profondeur et diversification du marché et notamment le nombre limite de classes d’actifs liquides conformes à la Charia, ce qui réduit les opportunités de placement des banques islamiques et les expose à des actifs risqués tels que l’immobilier ou les marchés actions.


Les banques islamiques courent aussi un risque de réputation, à l’instar de toutes les banques, mais avec un risque supplémentaire : être perçues comme non conformes aux règles de la Charia, ce qui pourrait entraîner un mouvement de défiance de certains clients et de retrait de dépôts».


Banquiers…«traditionnels»


Autre handicap de la finance islamique : «Le manque de compétences et de main-d’oeuvre qualifiée est, pour le moment, une des limites de ce modèle. Avec l’envolée de la banque islamique au cours de ces dix dernières années, ce sont des banquiers formés à la finance traditionnelle qui ont comblé les besoins du secteur en la matière.


Pour que celle-ci se développe, il faut de la recherche et des cursus spécifiques pour plus d’innovation», ajoute encore notre banquier. De leur côté, les autorités monétaires algériennes se veulent rassurantes. Le ministre des Finances, Karim Djoudi, avait récemment affirmé que l’activité des banques islamiques en Algérie est codifiée de manière cohérente.


La loi sur la monnaie et le crédit et les textes d’application de la Banque d’Algérie contient des textes législatifs visant à réguler les produits bancaires proposés par ces banques «islamiques». Le ministre avait annoncé, également, qu’un groupe de travail, regroupant des présidents des institutions financières, membres de l’Association des institutions financières et des banques, mène une étude exhaustive pour formuler de nouvelles propositions pour le développement et le soutien de l’activité des banques islamiques en Algérie.


La finance islamique s’est développée de manière très rapide au cours des dix dernières années. Sur l’échiquier international, toutes les études démontrent une croissance de l’ordre de 10 % annuel au cours de la dernière décennie. Le nombre d’institutions financières islamiques dans le monde est passé d’une seule en 1975, à plus de 300 aujourd’hui et dans plus de 75 pays.


L’encours de la finance islamique dans le monde pourrait atteindre 1.000 milliards en 2010. Le Bahreïn est le premier pays au monde à abriter des établissements islamiques avec 34 banques. Le potentiel financier de ces banques est de 450 milliards de dollars, l’Iran non compris. Jusqu’en 2006, on parlait peu de la banque islamique au Maghreb, si ce n’est à travers la Best Bank en Tunisie ou la Baraka Bank en Algérie. Depuis, des mesures ont été prises pour permettre de développer ce secteur.


Al Salam Bank a ouvert ses portes en Algérie. Elle compte parmi ses actionnaires le groupe immobilier émirati E’maar, une banque libano-canadienne et une société d’assurances émiratie. Al Salam Bank a été autorisée à se constituer en banque universelle. Elle est, d’ailleurs, présente au Soudan et au Bahreïn. Le PDG du groupe E’maar est le président de la commission des fondateurs de la banque.


Le Maroc a autorisé certains produits financiers alternatifs en 2007. La Tunisie a autorisé la création d’une banque islamique, la Zitouna Bank. Il va sans dire que le développement de projets inspirés par les banques islamiques des pays du Golfe, tel que la Guf Finance House en Tunisie. La finance islamique joue le rôle de pont entre les pays maghrébins et les pays à forte capacité de financement que sont les pays du Golfe. On enregistre, cependant, un léger ralentissement pour l’année en cours, du fait de la crise financière et du recul de certains marchés.


Le secteur reste un segment «jeune» de la finance. Banques historiquement islamiques, celles récemment islamisées et d’autres partiellement islamisées cohabitent aujourd’hui sur le marché. Entre le Sultanat d’Oman, qui interdit la Finance islamique, l’Iran et le Soudan où il est entièrement islamique, et l’Arabie saoudite, qui affirme que réglementer des banques islamiques serait reconnaître que d’autres sont illicites, il y a encore de la manœuvre.


Dans un premier temps, l’offre de la finance islamique faisait en sorte de répondre aux mêmes besoins exprimés par des banques conventionnelles, ce qui était un passage normal dans la courbe d’évolution du secteur. Dans un second temps, et avec l’ancrage de la finance islamique dans la finance mondiale, il se peut qu’on assiste à la création de nouveaux produits exclusifs à la finance islamique.


Les comptes de partage de profits et de pertes en sont un exemple, même si leurs fonctionnements en pratique pourraient être différents de la théorie. En effet, une banque, qui ferait partager à ses clients des pertes résultant de son activité, pourrait voir sa base de déposants fondre rapidement. Pour les experts, les banques islamiques ont certes été plus résistantes à la crise financière internationale que leurs consoeurs conventionnelles, du fait de leur non exposition aux produits d’investissement structurés. Cependant, avec la transformation de la crise financière en une crise économique, des impacts sont à attendre sur la qualité des actifs des banques islamiques aussi bien que pour les banques conventionnelles.


source: Le quotidien d’oran

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